Par de nombreuses paraboles Jésus leur annonçait la Parole Mc 4, 33
Homélie pour le 11 dimanche du Temps de l’Église (B)
Fr. Jean-Dominique Dubois, ofm
Pourquoi donc Jésus parle-t-il en paraboles ? Récits énigmatiques autant qu’imagés les paraboles de Jésus suscitent parfois plus de questions qu’elles ne semblent en résoudre. La perle ou le trésor caché pourraient être la base de bien des contes d’enfants ; le semeur qui sème contre toutes les lois de l’agriculture ; une graine de sénevé qui ne donne pas plus en hauteur qu’un arbuste ; un père prodigue qui reçoit le fils dépensier et débauché contre toutes les lois de la morale et de l’économie domestique… Tant de contradictions, ou plutôt de paradoxes heurtent notre sensibilité, nous déroutent, particulièrement nous les enfants de Descartes, les héritiers du rationalisme orgueilleux du 19 ° siècle, bien que nous soyons des enfants de l’Évangile.
« Mon royaume n’est pas de ce monde » dira Jésus à Pilate. Le royaume des cieux n’est pas à identifier avec les royaumes ou les régimes politiques de ce monde. Les royaumes terrestres ont à faire avec le royaume des cieux mais ils ne sont pas ce royaume du Seigneur.
Jésus parle en paraboles car dans son amour fou de chacun de nous et de tous les peuples, il ne veut forcer la liberté de personne. Le prophète Osée décrit le Dieu de l’Alliance comme un époux qui fait la cour à sa dame et qui par des signes et des paroles d’amour ne peut que solliciter sa liberté et son consentement sans jamais que les signes ne soient des preuves contraignantes de l’amour.
Jésus parle en parabole, comme aucun rabbi en Israël ne l’a jamais fait, car désormais le royaume n’est pas seulement l’adhésion à l’Alliance d’Abraham par le peuple et la torah, mais l’adhésion totale à sa personne même. Plus que jamais le cœur de l’homme doit être plein d’intelligence pour aimer d’un amour exclusif et total celui qui se donne à l’homme en totale offrande de lui-même, « le Verbe fait chair », Dieu en personne. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu » dira saint Irénée.
Jésus parle ainsi en parabole énigmatique, non pour nous cacher un secret mais pour nous offrir le secret de sa vie qui est sa vie elle-même. Le secret d’une vie n’est pas ce qui est caché mais c’est ce qui ne se révèle qu’à celui qui veut en vivre. C’est pourquoi celui qui ne veut pas entendre la vérité de Jésus ne l’entendra jamais . C’est pourquoi tous les raisonnements sur Jésus, l’Évangile et l’Église, ne forceront jamais personne à croire en Jésus. « Il en est du royaume comme… » et Jésus de décliner une série d’images pour ouvrir les cœurs et les intelligences à son enseignement. Celui qui ne veut pas redevenir un petit enfant, se laissant émerveiller par l’imaginaire des contes, afin de saisir les choses parfois les plus profondes de la vie, ne comprendra rien à l’enseignement du Maître.
Parabole du grain de blé qui pousse tout seul que le maître veille ou dorme. La parole de Dieu est efficace par elle-même. Nos efforts sont nécessaires, mais vains, s’ils se substituent à la parole par force démonstration d’intelligence ou d’activités pastorales, fruit de notre volonté de puissance plus que de notre volonté d’aimer en laissant à Dieu et à nos proches la liberté d’aimer.
Parabole du grain de sénevé, la plus petite de toutes les graines, qui devient un arbre où s’abritent les oiseaux. L’humilité de la parole, l’effacement de Dieu devant sa création, la faiblesse des moyens voire le dénuement du grain qui se laisse immerger dans la terre à en disparaître complétement, tout cela est plus puissant en fécondité apostolique que bien des communications tapageuses d’une humanité, y compris ecclésiale, infatuée d’elle-même et autoréférentielle. Bien des vies de saints illustrent cette faiblesse de leur personne, autant que de leurs moyens d’action, pour une fécondité immense, telle Bernadette Soubirous, Carlo Acutis, ou Charles de Foucault.
Le secret de la croix de Jésus ne se comprend bien qu’à genou, la plupart du temps dans les humiliations vécues, assumées, et retournées en offrande de tout nous-même à Celui qui s’offre à nous tout entier dans quelques gouttes de vin et d’eau, dans un tout petit morceau de pain. Qui donc va prendre au sérieux des paraboles qui ressemblent à des contes d’enfants pour ne plus se prendre au sérieux ? Quand donc cesserons nous de faire les grandes personnes pour croire sérieusement, en vérité, qu’en Dieu, la faiblesse seule est force, l’humilité seule est grande, le salut est la perte de soi dans l’offrande sacrificielle.
Seigneur, apprends nous le secret de tes paraboles. Seigneur, apprends nous le secret du silence et de la souffrance du grain de blé tombé en terre, de la graine qui pousse toute seule dans l’anéantissement d’elle-même et qui seule peut naître et faire naître à la vie de ton Royaume.