« On mangera, et il en restera » 2 R 4, 43

Homélie pour le 17 dimanche du Temps de l’Église (B)

Fr. Jean-Dominique Dubois, ofm

Manger et boire. Un toit pour dormir et vivre en convivialité. Une terre à cultiver. Des frères et des amis pour assurer sa sécurité. Autant de besoins vitaux d’une vie d’homme. Dieu l’a voulu ainsi, nous manifestant son amour et nous rendant solidaires les uns des autres. L’amour est dans l’échange des biens culturels matériels et spirituels, lesquels assurent notre vie, parfois notre survie. Sans échanges culturels pas de vie digne de ce nom.

À leur début, les hébreux sont de pauvres nomades, ou semi-nomades, qui errent pour leur survie entre la grande région des fleuves de Chaldée, et la région du Nil. Est venu le temps où, entre Babylonie et Égypte, les hébreux reçoivent une terre à cultiver. Terre promise qui est don de l’auteur de tout bien, le Seigneur la vie en totale gratuité. Ni chars, ni cavaleries, ni stratèges géniaux. La confiance pour toute arme. La foi, chevillée au cœur. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob pour toute protection. La foi au Dieu briseur de guerre forme et unit le peuple d’Israël. Israël, le plus petit de tous les peuples, établi au carrefour des nations, confesse le Dieu de la vie et de la surabondance de la vie. Le Dieu Unique est son âme.

D’où viennent les guerres sinon des batailles pour les biens culturels nécessaires à la vie. Dieu Sabaoth, le Dieu des armées n’a emprunté le langage de la guerre que pour parler à l’homme son langage afin d’être entendu de Lui. Comment établir un lien sans parler le langage de l’être aimé ? Mais apprendre à l’homme la langue de Dieu sera une rude épreuve. Car Dieu n’a d’autre langue que celle de l’amour. Au premier meurtre fraternel d’Abel par Caïn, au premier vol du droit d’ainesse d’Ésaü par Jacob, Dieu répond par la miséricorde en enseignant la loi d’amour, du partage et de l’échange. Entre mon frère et moi il y a Dieu, l’auteur de la vie. Au premier matin du monde le Seigneur des univers donna la terre à cultiver et à « cultuer », tel le grand champ de sa providence éternelle pour tous.

Qu’il est long le chemin pour devenir un homme selon le cœur de Dieu. Qu’Il est patient le Dieu de miséricorde, l’Unique, l’Éternel, béni soit-il, pour conduire l’homme à la reconnaissance de son Dieu, auteur et source unique de la vie. Sur ce chemin de l’histoire de l’humanité les prophètes furent des lanceurs d’alerte, des leaders spirituels, des champions de la loi d’amour pour aiguillonner le peuple et ne pas le laisser retourner à ses ornières. À l’heure de la disette et des luttes fratricides, Dieu se fait plus proche encore des siens par signes et prodiges. Non point superman ou « Deus ex machina », mais tendre père aimant son peuple comme une mère, pour encourager et éduquer. Le prophète Élisée nourrit miraculeusement plus de cent personnes avec seulement « vingt pains d’orge et un peu de grains frais dans une besace. » Jésus nourrit les foules avec seulement cinq pains d’orge et deux poissons. Dieu éduque son peuple, à travers l’histoire parfois violente des reniements et des guerres fratricides, car Dieu se fait mendiant d’amour, tel un fiancé qui attend le bon vouloir de sa fiancée. Dieu patiente toujours, prend pitié toujours. L’homme peut alors reconnaître Dieu à travers des victoires inattendues et les multiples manifestations de la providence. Mais l’homme consentira-t-il à donner sang pour sang à Celui qui va se livrer corps et sang pour l’humanité entière ?

La multiplication des pains en saint Jean représente une allégorie de l’eucharistie. Prémices annonciatrices de ce repas de la nuit de Pâques, de la nuit de la cruelle passion de Jésus, où Dieu se livra jusqu’à la mort aux mains de l’homme en Jésus, le Fils bien-aimé. Pour guérir l’égoïsme des cœurs humains, pour déraciner l’orgueil de l’homme qui veut se faire Dieu au détriment de ses frères en des guerres toujours plus horribles, pour guérir la folie de l’homme qui veut se construire sans Dieu, Dieu donne le signe suprême de sa propre vie livrée pour tous. « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude. »

Depuis la nuit des temps, Dieu sensible à la détresse des foules nourrit la veuve et l’orphelin. Dieu aux entrailles de miséricorde éduque son peuple à aimer son frère comme une mère. Homme, tu es appelé à être pour ton frère, les mains et le visage de la tendresse de Dieu. Ce Dieu Unique en Jésus Christ a soif de nourrir son peuple, non seulement en son corps par les biens de la terre, mais en son âme par le Cœur sacré et l’âme divinement humaine du Crucifié. Ainsi l’enseigne l’oraison de ce jour : « Multiplie pour nous les signes de ta miséricorde, afin que, sous ta conduite et sous ta direction, en faisant un bon usage des biens qui passe, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. » Tout est dit ici des biens de la terre, signes de l’amour de notre Seigneur et Créateur. Tout est donné pour viser au plus haut de la vocation de l’homme dont saint Irénée nous dit : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant. La vie de l’homme c’est de contempler Dieu. »

Le passage, la Pâque de cette contemplation qui nourrit éternellement, c’est l’Eucharistie, la Cène du Seigneur, la « source et le sommet de l’Église » et de toute l’humanité. Ce don unique et éternel ne méritait pas une parodie blasphématoire de la déconstruction de l’homme et de l’apostasie généralisée sur un pont de la Seine, à la face d’un milliard de téléspectateurs. Vénérons et honorons le Seigneur qui se livre entre nos mains pour nourrir à jamais nos âmes et demandons pour tous la miséricorde.

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Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Is 8, 6-7

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Quel malheur pour vous, pasteurs ! Jr 23, 1