“Nous les entendons proclamer les merveilles de Dieu.”

Homélie pour la solennité de la Pentecôte

Fr. Jean-Dominique Dubois, ofm

 Qu’est-ce qu’un chrétien ? Que répondriez-vous à cette question d’un voisin qui vous interpelle et qui ne connaît rien de la foi chrétienne ? Des valeurs ? Des vérités à croire ? Être membre de la communauté de Jésus Christ ? Assumer telle ou telle fonction dans l’Église ou encore pratiquer tous les dimanches à la messe ? … Qui de nous répondrait : être serviteur de l’Esprit Saint ?...

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » (Mt 7, 16)

On peut toujours faire de beaux discours sur la vie chrétienne pour chercher à y conduire les autres, ou pour se donner bonne conscience, si ce n’est pour en pointer de bons fruits, quand ce ne sont pas des fruits gâtés, voire franchement mauvais. Écoutons l’apôtre : « Marchez sous la conduite de l’Esprit, dit saint Paul à ses chers chrétiens de Galate, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. » (Ga 5, 16-17) La liste pourrait s’allonger avec cancans, calomnies (soit des choses fausses) ou médisances (soit des choses vraies que l’on ne devrait pas dire).

Jésus nous appelle à témoigner de la vérité. La vérité de ce qu’il est Lui en personne. Non pas mes petites vérités ou encore mes petites opinions. Voyez combien nos disputes, petites ou grandes, en famille ou ailleurs, ce sont la plupart du temps quelque chose qui se résume à : j’ai raison, j’ai la vérité et tu as tort. Mais pauvre de moi, ma vérité, si elle est authentique n’est qu’une petite partie de la vérité. De surcroît, la vérité n’est pas seulement dans ce que je dis, mais dans la façon dont je le dis et surtout dans le ton avec lequel je le dis. Jésus ne dit jamais : j’ai la vérité. Mais « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 4,6) Ainsi mes actes et mes paroles précises dévoilent, souvent à mon insu, mes passions cachées, mes envies, mon amour propre, que je ne veux pas voir. Mon aveuglement n’échappera pas à mon entourage. Le réel risque toujours de me rattraper. Les dérives de ma vie, dans une domaine ou un autre, risquent de me parler plus fort que mes discours de justification. L’âme de mon âme en tant que baptisé, ou bien c’est l’Esprit du Seigneur ou bien c’est l’esprit du mal. Il faudrait ici reprendre les invectives sévères de Jésus à l’égard des pharisiens et autres docteurs de la Loi, c’est-à-dire à l’encontre des plus religieux du peuple, voire des plus pratiquants.

Un groupe d’étudiants dont j’avais la charge remettait tout en cause de la vie chrétienne. Les ayant conduits auprès d’une communauté d’authentiques chrétiens j’ai vu les garçons revenir complétement transformés et désormais engagés dans leur vie de baptisés. L’un d’eux disait à ses camarades : « tu as vu comme il y a quelque chose qui circulait entre eux ». Il ne savait pas nommer l’Esprit Saint, mais il pointait la façon dont les chrétiens qui nous avaient reçus se parlaient entre eux. Cela leur en avait dit plus que de savants enseignements théologiques sur l’Esprit Saint.

« À l’amour que vous aurez les uns pour les autres on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ». (Jn 13, 35) Jésus a prié ainsi « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21)

 Un chrétien est un serviteur de l’Esprit saint. Saint Paul en offre les signes indubitables : « voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. » (Ga 5, 22-25) Si l’Esprit saint est vraiment l’âme de notre vie, en toutes nos paroles et nos actes, si notre vie témoigne de la beauté du Christ et du Père, sans faire la leçon aux autres, sans leur donner des grands enseignements, mais simplement parce que nous sommes de vrais serviteurs de l’Esprit Saint, alors le monde croira. Le même Esprit qui parlera en nous à travers notre vie parlera en eux pour leur faire comprendre. Alors que les apôtres qui étaient incultes et ne parlaient que leur langue maternelle l’araméen, ne font que proclamer haut et fort dans leur langue ce qu’ils ont vu des merveilles de Dieu, voici qu’aussitôt les étrangers venus à Jérusalem pour les fêtes les comprennent dans leur propre langue. Si nous laissons vivre l’Esprit Saint en nous, il est bien capable d’opérer de la même manière dans le cœur de nos contemporains leur offrant de comprendre les merveilles de Dieu dans nos vies.

 Frères et sœurs, ne cessons pas de prier l’Esprit Saint, et de nous convertir à l’Évangile. Il suffit d’une allumette pour faire brûler une forêt, mais il suffit d’un coup de vent violent pour détruire toute une récolte… On reconnaît l’arbre à ses fruits. Le vent de Pentecôte a éclairé et fait brûler des cœurs humbles et pauvres. Le vent des petits dictateurs qui croient avoir la vérité a mis le feu des armes et de la destruction sur toute la planète. On a vu des communautés brillantes détruites par une seule personne. On a vu des pays entiers se relever par le courage et la lucidité d’une seule personne. Soyons des serviteurs de l’Esprit Saint. Demandons Lui ses sept dons : la sagesse qui donne le goût de Dieu, l’intelligence qui fait comprendre de l’intérieur les personnes et les situations, le conseil qui ouvre des perspectives à moyen terme, la science qui pointe ce qu’il y a à faire ici et maintenant, la force pour accomplir toute œuvre de l’Esprit, la crainte qui est la délicatesse de l’amour qui ne veut pas blesser et la piété qui nous fait tout vivre comme des fils et des filles de Dieu pour être frères et sœurs les uns des autres.

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