“Celui qui croit en moi fera de plus grandes œuvres.” Jn 14,12
Homélie pour la célébration œcuménique des sapeurs-pompiers
Fr. Jean-Dominique Dubois, ofm
« Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. » Voilà bien qui fait rêver, chers frères et sœurs. Quel est l’enfant qui ne rêve pas d’arriver à faire de grandes choses. Il n’y a rien sans doute de plus terrible que d’empêcher un enfant de rêver quant à ce qu’il voudrait faire de sa vie. Dieu est grand. Dieu nous a créé pour de grandes choses. L’homme, depuis les origines, n’a cessé de grandir dans la conscience de sa vocation pour imaginer des choses toujours plus grandes à réaliser en vue de devenir lui-même. Si l’homme semble aujourd’hui dépasser par ses découvertes et leurs conséquences probables pour l’humanité, nul ne doit douter que l’homme est destiné à être grand. Dieu créa l’homme à son image et ressemblance, homme et femme il les créa, avec cette mission admirable de cultiver et de « cultuer » la terre. Dieu fait les créatures se faire, disait le père Teilhard de Chardin.
« Sauver ou périr », c’est bien votre devise chers amis pompiers. Il faut avoir au cœur une haute idée de l’homme pour accepter de risquer sa vie pour lui. Tout votre entrainement est bien là pour vous dépasser dans le salut des biens et des personnes.
L’homme est si grand, que Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Alors qu’est-ce que c’est que d’être homme ? À l’heure de son départ de ce monde, Jésus nous offre quelques secrets de son cœur qui dit son amour pour nous et la grandeur de notre admirable vocation.
L’homme est homme en devenant Dieu par Jésus Christ. L’homme est celui qui regarde plus haut que lui, plus grand que son horizon quotidien, qui rêve de grandes choses en regardant le Créateur des mondes, non pour le copier mais pour partir à l’aventure avec Lui. « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. » L’ambition peut être un grave défaut. Mais celui qui ne rêve pas en grand sa vie, qui rabaisse les ambitions de Dieu sur l’homme à un horizon et une logique purement terrestre d’égoïsme personnel ou clanique n’est digne ni de l’homme, ni du Christ.
Pour cela, paradoxalement l’homme est homme en acceptant d’être un petit enfant, non point un gamin capricieux. « Si vous ne redevenez comme de petits enfants vous n’entrerez pas dans le Royaume. » (Mt 18, 3) Le propre d’un enfant c’est de garder les paroles de son père qu’il admire et de ne jamais craindre de lui demander ce dont il a besoin. Son père faisant quelque chose pour lui, l’enfant pense : c’est normal, c’est mon père. « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Si vous m’aimez, vous obéirez à mes commandements. » nous dit Jésus. (Jn 14,14) « Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. » (Jn 16, 24)
Assumer de grandes choses, partir à l’aventure dans une domaine ou un autre, peut devenir dangereux, voire être risqué au péril de sa vie, car c’est affronter le mystère du mal qui traverse la création. « Sauver ou périr » votre devise peut se décliner de bien des manières, mais il n’en reste pas moins qu’être homme c’est accepter de mourir pour plus grand que soi. « Mon père est plus grand que moi » dit Jésus. (Jn 14, 28) C’est pour faire la volonté de son Père que Jésus accepte de mourir. Or le Père et Lui tiennent chacun de nous comme le don précieux de leur amour, don mutuel de l’homme au cœur de la Trinité Sainte qui oriente tout ce que fait et dit Jésus. Aussi le secret de leur amour mutuel, de leur amour pour nous, Jésus le demande au Père pour nous. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. » (Jn 14, 16-18) Nul ne peut se sauver lui-même, ni sauver l’autre sans la solidarité de ses semblables. Nous avons besoin du défenseur divin, de l’aide de l’Esprit, de l’âme du Père et du Fils, qui habite le cœur de nos frères autant que le nôtre.
Être homme en Jésus c’est donc être habité par l’Esprit Saint et vivre sous sa conduite. Celui qui nous inspire, qui est en nous comme une aide puissante qui dépasse l’entendement et la logique humaine pour entreprendre de grandes choses au service de l’homme. Que ne dit-on pas des grands hommes qui ont fait ou font l’histoire : ils sont habités… Leur vie témoigne de plus grand qu’eux. Les anciens parlaient de l’ethos d’un homme, de la cohérence entre ce qu’il est, habité qu’il est, et ce qu’il fait. Un chrétien est un être non seulement tout habillé de Dieu mais habité : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » (Jn 14, 23)
Habité par l’Esprit dans l’obéissance au Père et amoureux de la Parole du Fils, le chrétien est un homme de paix. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. » (Jn 14, 27) L’homme qui a trouvé la paix du cœur est une source de paix pour des milliers autour de Lui. Paradoxalement les plus grands hommes d’armes sont des hommes de paix. La paix que le Christ nous donne c’est lui-même, sa personne tout entière, qui nous donne la victoire sur le mal en nous, ce qui nous appelle à faire avec Lui et nos frères des choses plus grandes que Lui.
Paul, l’apôtre, nous emporte par son enseignement au cœur du cœur de notre vie chrétienne, vie destinée à de grandes choses : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. » (Rm 8, 15) La liberté des enfants de Dieu, habité par l’Esprit de Dieu, n’est pas d’abord de faire ce qui plait, mais de consentir à devenir ce que nous sommes. L’homme est un mystère à lui-même, il dépasse infiniment l’homme, disait Pascal. Pour vous qui suis-je ? demandait Jésus à ses disciples. Mais la question vaut pour chacun de nous : qui suis-je ? Cela dépasse les fonctions et les talents. Question dont la réponse est dans la relation au Christ appelant chacun à le suivre pour devenir lui-même en obéissance à l’Esprit. Paul nous offre dans son épître aux Galates les signes indubitables d’une vie grande et féconde : « Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. » (Ga 5, 22-25)