« Tenir debout devant le Fils de l’homme » Lc 21, 36

Homélie pour le premier dimanche de l’Avent (C)

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

Quel temps fait-il ? Dans quels temps sommes-nous ? Que pouvons-nous attendre en ce temps et de ce temps ? Questions malhabiles et hésitantes souvent, mais questions bien réelles de nos conversations. Nous savons que le temps n’est pas d’abord ou seulement une question d’heures, de semaines, de mois ou d’années. Quand nous pleurons après le temps passé, qui d’après nous devait être meilleur, ou bien quand nous nous projetons dans le temps futur dans l’espoir que tout ira mieux, nous posons la question fondamentale du sens du temps. Que vivons-nous dans le temps que mesurent nos horloges ? Quel est le sens l’histoire, de notre naissance et à notre mort ? Quel est Le sens de l’histoire des hommes selon la mesure de notre pays et de notre enracinement culturel ?

Or en Occident nous devenons de plus en plus des déracinés. Nous ne savons plus d’où nous venons et où nous allons ? Nous vivons disent les spécialistes un peu comme des zombies pour dormir, manger, travailler pour ensuite se faire plaisir et ceci en « individus solidaires ». Juste solidaires pour la nécessité de chacun, nécessité à horizon individuel. Nous oublions la question fondamentale du sens de notre histoire et de l’histoire. Nous en sommes à sortir de l’histoire l’enfant à naître dans le sein de la femme ou la personne qui agonise. Marqueurs implacables d’une société qui a perdu la boussole du sens de l’identité humaine et du sens de la vie dans le temps. Qu’est-ce que l’homme ? Nous ne le savons plus, du moins nous prétendons le savoir en ne l’imaginant qu’à l’image du jour, oubliant ou niant que toute personne est un enfant de Dieu doté d’une liberté en face à face avec la liberté d’amour de Dieu. Nous déconstruisons l’homme pour en faire un individu royalement libre de décréter en individu solitaire ce qu’il est ou veut être en vue de s’étourdir dans tous les plaisirs qu’offrent la technique et le progrès. Mais pour aller où ? Pour vivre quoi dans le temps ? Le taux de consommation d’anxiolytiques en France demeure à un taux très élevé. Étrange indicatif d’une société qui se délite de par ses choix.

Alors quel temps fait-il ? Quel est le sens de l’histoire et du temps ? Pour qui, pour quoi vivons-nous dans le temps ? Jésus nous répond aujourd’hui dans l’Évangile d’une façon qui pourrait paraître brutale. Il parle en effet de signes terrifiants dans le ciel, de catastrophes sur la terre et d’un jour unique qui mettra fin au temps. « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. » (Lc 21 ; 34-36)

Qu’est-ce à dire ? Jésus nous menacera-t-il pour nous faire avancer par la peur, ou voudrait-il nous punir ? Rien de tout cela. Jésus est factuel. Il nous décrit le réel de toutes les époques avec leur lot de guerres et d’épreuves pour nous en donner une juste interprétation. Ce ne sont que les signes d’un enfantement d’un événement, d’un avènement unique et tellement plus grand que tout mal et toute souffrance. Il nous demande de sortir du déni de réalité. Il nous fait voir ce que nous voyons et que nous ne voulons pas voir. L’histoire et la création tout entière sont traversées par le mystère du mal. Ce mal passe par le cœur de l’homme qui ne cesse de se faire la guerre engendrant de si nombreuses injustices. Or par sa venue en notre humanité, un jour de l’histoire, Jésus nous a tous guéri de ce mal. Sauf que le Christ ne peut forcer personne à l’aimer, à venir à l’hôpital de son cœur d’amour pour guérir de l’orgueil et de l’égoïsme. Tant qu’il y aura des hommes pour résister à la conversion du cœur pour aimer avec le cœur de Jésus, la guerre et les conflits en tout genre continueront. Par la venue du Christ à Bethléem, nous sommes entrés dans la fin des temps. Jésus nous annonce aujourd’hui que le mal n’a qu’un temps et qu’un jour viendra la fin du temps. La venue définitive du Christ au terme de l’histoire sera la porte ouverte à la gloire toute la création et de toute créature, excepté ceux qui n’auront su veiller selon leur conscience ; ceux qui seront restés dans les distractions continuelles négligeant le sens de l’histoire qu’est le Christ ; ceux qui seront avachis dans les plaisirs de la vie plutôt que de se tenir debout telle la fiancée qui attend ardemment le retour de son fiancé.

Frères et sœurs bien-aimés préparer les festivités de Noël, c’est bien, c’est même très bien. Permettez-moi un trait personnel. Lorrain par mes origines, mes parents ne nous ont jamais fait croire au père Noël. C’est saint Nicolas qui nous apportait un modeste cadeau le 6 décembre. Noël était fête de famille où le grand et seul cadeau était Jésus.

Préparons la fête de tout notre cœur avec tout notre amour pour les nôtres. Sans oublier jamais que le plus beau cadeau doit être pétri d’attente, de veille et de prière pour disposer nos cœurs à le recevoir à la hauteur de l’amour de celui ou de celle qui nous l’offre.

Or Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, mystère d’amour gardé dans le silence aux siècles éternels. Que serait un minuit chrétien sans le silence de la nuit et de la veille silencieuse des bergers. Voilà le sens de l’histoire, merveille qui nous attend de notre itinéraire voyageur d’humanité. Il est venu. Il reviendra le Fils de l’homme pour nous combler de son amour. Frères et sœurs bien-aimés, vivons en veillant pour nous tenir debout dans la foi et l’abandon lorsqu’Il viendra. Saint Paul nous dit ce qu’est cette veille : « Frères, que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. Amen. » (1 Th 3, 12 sv)

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