Au commencement était le Verbe

Homélie pour le jour de Noël 2023

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

 

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. » Dieu a parlé en créant. Dieu a parlé au cœur de l’homme par les patriarches et les prophètes. Nous sommes une religion de la Parole, plus qu’une religion du livre. Souvenons-nous du cri de Job. Nous sommes nés dans la parole pour parler d’amour entre amis, entre époux, pour parler en vis-à-vis de Dieu comme Moïse dans la nuée lumineuse. Job confesse qui est Dieu et qui est l’homme. Job confesse que Dieu a fait l’homme pour lui et que l’homme est fait pour Dieu comme la fiancée est pour sa fiancée. Et Dieu se tait ! … Job crie. Il veut inscrire son cri sur la pierre dure afin que toutes les générations le sachent.

Job, c’est Israël tout entier, c’est vous, c’est moi. Nous pleurons souvent de ce que nous avons perdu des biens de la terre ou de nos richesses humaines, mais pleurons-nous de ce que Dieu ne nous dit rien, ne nous parlent plus. Nous avons souvent peur de Dieu. Nous n’osons pas crié comme Job, non pour demander des comptes à Dieu, mais pour parler avec Lui comme le Bien-aimé de notre âme, dont la Parole d’amour est plus précieuse que tous les biens.

Au commencement était le Verbe. Au commencement était la Parole. Notre Bible, porteuse de la Parole vivante de Dieu, en témoigne. Ne dort elle pas sous la poussière de nos bibliothèques ?

 Au commencement était le Verbe Au commencement était la Parole. Au commencement de la création de l’univers est la Parole. Au commencement de chacune de nos vies est la parole d’amour de nos parents dans l’amour qui les unit. Au commencement d’une libération il y a la parole d’un homme ou de résistants. Au commencement d’un peuple il y a un pacte fait de paroles de chair et de sang. Au commencement des grandes entreprises il y a une parole fondatrice exprimée dans une charte. Au commencement d’un conflit il y a une parole de guerre et de haine....

Au commencement était le Verbe. Au commencement était la Parole. Il y a des paroles qui tuent. Il y a des paroles qui font vivre. La parole est créatrice. Il y a quelque chose de pire que d’être pauvre et misérable, c’est d’être sans recevoir une parole d’amour. Aujourd’hui l’Amour fou de Dieu parle dans un enfant qui ne parle pas. Un enfant nous est né, tout entier parole d’amour, corps et parole, parole et corps. Voyez comme il parle au monde à lui tout seul dans ses langes et dans sa crèche. Sans sms ni courriel, les pauvres et les nations vont à Lui … Y-a-il eu un enfant sur terre qui ait fait un tel ramdam mettant en route tous les peuples du monde par sa simple naissance. Aujourd’hui encore la crèche de Bethléem est aux couleurs de tous les peuples et de toutes les nations.

Au commencement était le Verbe. Au commencement était la Parole. Un Enfant…. L’enfant, tout enfant va se poser trois questions fondamentales dès que sa conscience va s’éveiller. Trois questions qu’il va parler avec son langage à lui en se tournant vers les grandes personnes qui l’entourent et se chargent de lui. Qui suis-je ? D’où est ce que je viens ? Ou vais-je après la mort ? Questions si fondamentales, si vitales, que sans réponse l’enfant sans boussole peut vivre en désespérance.

Nous sommes des actes d’amour de Dieu. Notre nom est prononcé de toute éternité en Dieu par le Verbe de Dieu. Si durant un seul instant Dieu ne prononce pas mon nom je retourne dans le néant. La preuve que Dieu existe et qu'il n’est qu’amour c’est notre propre existence à chacun. Si personne ne prononce mon nom avec amour, je suis un mort vivant. Tous les cadeaux du monde, une tirelire super pleine et les meilleurs écoles pour les meilleures réussites n’y changeront rien …

« Au commencement était le Verbe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » Il n’y a pas une once de vie sur terre qui ne soit voulue par Dieu en son Verbe. L’homme est au sommet de cette création, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ô homme, réalise ta dignité divinement humaine. Dieu en son Verbe, en sa parole toute puissante d’amour, est ta vie, ta lumière, ton souffle.

 Les ténèbres, c’est la parole qui tue et sépare, c’est le mystère du mal et de la souffrance, mystère de la mort et de toute iniquité. L’énigme ou le mystère du mal n’est pas à égalité avec Dieu. « À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »

 Célébrer Noël c’est recevoir en son intimité d’âme le Verbe fait chair. Prendre conscience que Dieu me nomme de toute éternité. Le Verbe de Dieu vient en personne naître et grandir en moi pour être parole d’amour pour Lui et pour les autres. L’enfant de Bethléem vient m’apprendre à parler d’amour et avec amour. Médisances et calomnies sont des péchés graves, plus mortels que des crimes ou des avortements. Médisances et calomnies sont des paroles qui violentent la parole faite chair en chacun de nous, faisant de nos proches des morts vivants, réalité plus terrible que d’être des morts du cimetière.

 Frères et sœurs, que notre parole soit à la hauteur de notre vocation, loin de la fabrique du mensonge qu’est le monde des ténèbres. Au commencement de tout, il y la Parole. Parole et corps ne doivent faire qu’un en nos vies, à l’image du Verbe qui nous a créés, en qui nous avons l’existence, le mouvement et l’être. Fuyons ce monde de ténèbres où la parole est relative, où la parole est séparée du corps quand ce n’est pas le corps qui est sans parole. Monde actuel de la crise majeure de l’engagement, car s’engager c’est donner sa parole jusqu’à la mort. De la crèche au crucifiement, osons-nous chanter…

Au commencement était le Verbe et le Verbe est tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Tournons-nous vers Dieu, ce tout petit enfant parmi nous, pour aimer, car « jusqu’à maintenant nous n’avons encore rien fait » disait saint François à la fin de sa vie. Puisque Jésus de la crèche à la croix va vivre parmi nous comme un enfant dans les bras de son père, Jésus est un commencement sans fin. Celui qui aime et qui s’élève à cette hauteur ira « de commencement en commencement » jusqu’à des commencements sans fin. Saint Grégoire de Nysse

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