Ouvrages de Ngoc Tiem TRAN
Sauver l’homme de lui-même, une urgence …
Fr. Jean-Dominique Dubois, Franciscain prêtre, prédicateur et catéchète d’adultes
Les crises de notre monde contemporain ne cessent de se multiplier. Après les tragiques traumatismes des grandes guerres mondiales, malgré toutes les réussites technologiques postérieures et un redressement économique puissant, au moins en Occident, le constat est inquiétant : la faim de tant de peuples, la crise des subprimes et autres crises économiques avec l’endettement abyssal de nos sociétés modernes, les migrations, la guerre qui perdure ici et se rallume ailleurs, le terrorisme, le réveil des nationalismes et des empires, la crise écologique... Force est de constater qu’aucune organisation internationale d’après-guerre n’a réussi à aider les nations à trouver un juste équilibre d’entente stable et de coopération pour la paix et la justice à destination de tous. De nouveaux déséquilibres sont nés. Des écarts croissants de profits engendrent de nouvelles pauvretés. La maison commune brûle avec des écosystèmes gravement en danger et un réchauffement climatique inquiétant. Les ego des nations n’en finissent pas de revendiquer leurs droits au détriment d’autres peuples. On s’interroge. Comment tant de siècles de conflits dramatiques n’ont-ils pu assagir l’homme en sa quête de bonheur et de relations fécondes ?
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En parfait écho à cet appel de saint Jean-Paul II, Ngoc Tiem Tran, franciscain prêtre, spécialiste de physique quantique au parcours professionnel brillant, nous offre une œuvre admirable de pensée, que signe la maturité. En trois ouvrages majeurs , véritable triptyque artistique, l’auteur déploie « une vision renouvelée de la vocation humaine et chrétienne. » En scientifique aguerri, en théologien et philosophe averti, autant qu’en véritable mystique, dont la large culture maîtrisée est éloquente, puisant aux sources de la Tradition de l’Église comme dans la sagesse de l’Asie par ses racines vietnamiennes, et fort de la connaissance intégrée de la pensée gréco-romaine, l’auteur ose se donner un droit d’inventaire des fondamentaux, comme des dynamiques de la pensée, qui animent nos sociétés depuis l’Antiquité en passant par le Moyen-Âge, la Renaissance et l’actuelle modernité.
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Sortir des idéologies prométhéennes d’un « homme nouveau », impasse de la modernité ...
Recension du premier ouvrage : Faillite de l’humanisme des lumières
François d’Assise et son héritage de pensée,
à l’heure du scientisme et du relativisme absolu
par le frère Jean-Dominique Dubois, ofm
L’héritage de saint François d’Assise est immense. Qui aurait osé le rapprochement entre les sciences contemporaines et le visage du Petit Pauvre ? Il y faut l’audace d’un physicien contemporain, spécialiste de la physique des particules, et le cœur d’un frère mineur, fils de saint François. Ngoc Tiem Tran, franciscain et prêtre, nous offre dans ce nouvel ouvrage, à la suite de sa première trilogie, une description majeure et fulgurante du visage de saint François, comme paradigme de tout un courant de pensée qui va poser les prémices des sciences modernes autant qu’en être le critique. Si la pensée du docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, fut privilégiée dans l’Église, quasi au détriment de celle de son contemporain saint Bonaventure, la crise moderniste pousse le magistère à s’ouvrir à la renaissance des sources patristiques et de la tradition augustinienne, dont saint François et ses héritiers sont les ténors. Jean Duns Scot, que Jean-Paul II béatifiera en 1983, voit sa pensée honorée à nouveau, lui qui fut le chantre de l’Immaculée Conception.
L’homme est d’abord un être de volonté, de désir et de relation qui participe à l’être de Dieu par grâce et offre sa contingence pour entrer dans la plénitude de l’amour divin. Cet amour lui donne de contempler les créatures comme les vestiges de la science de son auteur divin. Ainsi Jean de Pierre Olivi, Roger Bacon et Raymond Lulle apparaissent comme les précurseurs des sciences modernes dans leur recherche intuitive pour penser l’homme et son cosmos. Guillaume d’Ockham va, à la suite de Duns Scot, dans une recherche effrénée de la contingence, jusqu’à poser des principes modernes des sciences. Après l’éclipse de la période de la Contre-Réforme, la pensée franciscaine se déploie à nouveau de façon plurielle dans la mouvance de Vatican II. Ngoc Tiem dépeint en perspective le visage multiple de ces penseurs en fidélité à la figure paradigmatique de saint François. Richesse et limites apparaissent.
Fidèle à la tendance d’orthopraxie de la pensée franciscaine s’ouvre sous la plume de l’auteur une vision renouvelée de l’homme dans sa vocation humaine et chrétienne, au-delà des impasses du rationalisme contemporain et des limites de certaines orientations théologiques, y compris de la pensée franciscaine. Un ouvrage riche et puissant. À quand un écrit qui nous fasse connaître la physique contemporaine pour, avec l’âme de saint François, nous émerveiller de l’univers, comme lorsque les premiers astronautes, se sont extasiés d’un lever de terre sur la lune ?
La sortie de soi, l’autre nom de l’Amour véritable
par le frère Jean-Dominique Dubois, ofm
Dans son cinquième ouvrage « Judaïsme et christianisme en genèse » Ngoc Tiem Tran poursuit avec force son œuvre de pensée. Après avoir offert une vision renouvelée de l’anthropologie en regard de la faillite de celle issue des Lumières, puis ayant présenté l’héritage de la pensée franciscaine contributrice majeure aux sciences modernes à partir desquelles on ne peut plus penser l’homme comme du temps d’Aristote, il est naturel de plonger dans les sources qui ont contribué à cette anthropologie renouvelée et qui ont irriguées des siècles de civilisation.
Avec le génie que nous lui connaissons, mystique, penseur et physicien, Ngoc Tiem nous convie à une puissante relecture, dont il a le secret. Contempler tout l’itinéraire de la foi d’Israël et de l’Église et en saisir l’âme profonde. Étonnement que « le plus petit de tous les peuples » Dt 7, 7 ait survécu à de si grandes épreuves ! Surprise également qu’en soit issu une Église qui perdure, elle aussi, malgré les turpitudes les plus dures de sa propre histoire !
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » Mt 16, 18
Fr. Jean-Dominique Dubois, ofm
Le 17 janvier 2024, fête de saint Antoine du désert
« Moi, j’appartiens à Paul. - Moi, j’appartiens à Apollos. (…) Mais qui donc est Apollos ? qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. » 1 Cor 3, 4-6
Cette polémique bien connue de la première communauté chrétienne de Corinthe illustre des tensions récurrentes dans l’Église à propos des figures de proue de la barque de Pierre et de Pierre lui-même. L’apôtre des nations gardera le cap de sa mission sans jamais lâcher le fondement dont il dit que c’est « le Christ, au milieu de nous l’espérance de la gloire. » Col 1, 27 Un autre Paul, le cardinal Jean-Baptiste Montini, futur Paul VI, déclarera, lors de la première session du Concile Vatican II, que l’Église n’est pas tant une république ou une royauté, que le Christ lui-même qui se donne au monde par son Église.
Cette passion du Christ, pour le Christ et pour le monde, suscita au cœur du pape Jean XXIII la décision de réunir un concile œcuménique afin que l’Église réponde à frais nouveaux aux grands défis contemporains. Conscient d’être à un tournant capital de l’histoire de l’humanité, à la suite des terribles guerres du XX° siècle, et sous le feu de la critique contemporaine des philosophies et des sciences qui provoquèrent la profonde crise moderniste de l’Église, le bon pape Jean appela l’Église à un renouveau en toute sa vie. Les turbulences d’une époque qui évolue à une vitesse toujours plus grande, et les inévitables tensions, que l’œuvre même d’un concile ne pouvaient que susciter, marquent la vie de l’Église catholique depuis des décennies. Garder le cap de l’identité de la barque de Pierre et de sa mission n’est pas une mince affaire pour celui qui en reçoit la charge, succédant au pêcheur de Galilée à qui Jésus adressa cette parole fondatrice : « Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église… » Mt 16, 18 selon l’appel à faire de lui un pêcheur d’hommes. Mt 4, 19
Revisiter les trois derniers pontificats, dont celui encore inachevé de François, est une entreprise audacieuse en soi, plus encore dans ce contexte d’époque charnière de l’humanité. Le génie et la sagesse de Ngoc Tiem Tran sont de le faire en étant dégagé des polémiques de l’heure et des conflits de personnes risquant toujours l’enfermement de raccourcis trompeurs ou de propos réducteurs. Pour se faire, dans ce nouvel ouvrage, le sixième d’une série qui se complète, ayant pour sujet le ministère pétrinien et la mise en œuvre de Vatican II à travers ces trois derniers pontificats, l’auteur prend toute la hauteur nécessaire autant que le temps d’une patiente analyse de tous les tenants et aboutissants du sujet dans son contexte intra et extra ecclésial.